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Le Panic Erigé : Litière alternative bovine

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Images de la récolte du switchgrass utilisé pour fabriquer de la paille.

Le Switchgrass monte à environ deux mètres

Semer des parcelles de switchgrass a tout son intérêt dans des élevages déjà autonomes en fourrages, mais nettement déficitaires en paille. Le relief des parcelles utilisées doit évidemment être limité pour être facilement mécanisables. « Céréales à paille ou switchgrass sont deux approches totalement différentes. La céréale est une culture annuelle qui entre en rotation avec d’autres cultures ou des prairies temporaires. Mettre du switchgrass va immobiliser des terres en rotation. Elle va faire perdre de l’autonomie en céréale, souligne Coralie Sirieix. En revanche, cette plante a tout son intérêt. Sur des parcelles éloignées, elle n’entrent pas dans les rotations. Elles sont compliquées à utiliser pour le pâturage, car isolées, peu accessibles ou sans eau. Cette implantation permet alors de valoriser ces terrains, en produisant un bon substitut à la paille. »

Attention aux sangliers

Le Switchgrass est également utilisé souvent à des fins cynégétiques. Afin de réaliser des bandes abri pour le gibier dans les parcs de chasse et les exploitations spécialisées, cela coupe les parcelles de grandes cultures. Même si cette plante n’a pas une vocation alimentaire, pour le gibier, elle constitue un couvert dense. Ces surfaces sont vites attractives pour les sangliers. Ils seront d’autant plus difficiles à déloger que les parcelles utilisées seront de grandes dimensions.

Pas besoin de matériel spécifique

Qu’il s’agisse de semis ou de récolte, un des principaux avantages du panic érigé est qu’il ne nécessite pas de matériel spécifique. Le semis se réalise avec un semoir classique à céréales et la récolte avec un round-baller, une presse haute densité ou une ensileuse. Cette dernière solution se traduit par une récolte en brins courts, plus adaptés à des bâtiments avicoles qu’à des stabulations pour bovins. Qui plus est, cette récolte en brins courts peut être délicate car une fois sec le produit est très volatil (densité en vrac d’environ 110 kg/m3). Il doit évidemment être stocké à l’abri de la pluie et des remontées capillaires du sol. Le stockage en bottes est donc infiniment plus simple surtout si sa finalité est de « pailler » des bâtiments pour des bovins.

Face à la progression du prix de la paille, des éleveurs corréziens développent une production de panic érigé de façon à limiter le niveau de leurs achats. Une possibilité à ne pas négliger pour valoriser des parcelles éloignées ou isolées.

botte de paille de switchgrass

Ces dernières années, les besoins en paille se sont accrus au rythme des constructions de stabulations sur litière accumulée. Ils sont également attisés par les évolutions du climat. L’émergence de nouveaux débouchés voie le jour, comme la méthanisation.

Année après année,

les tarifs sont donc sur la pente ascendante et la tension s’est encore accrue compte tenu de la hausse des coûts du transport. Les prix de paille rendus cours de ferme qui approchent, voire dépassent les 120 euros la tonne. Les départements éloignés des zones de production sont à la rechercher de solutions alternatives.

« En 2020, 

des éleveurs corréziens ont entendu parler d’une plante s’appelant le switchgrass (en français, panic érigé). Nous avons accompagné ce groupe d’agriculteurs pour les aider à évaluer la pertinence de cette culture » explique Coralie Sirieix. La technicienne bovins viande de la chambre d’agriculture 19.

Litière alternative : paille de switchgrass

Avant de semer des parcelles, des essais du produit ont été réalisés en procédant à des achats de switchgrass conditionné en bottes rondes ou carrées. Utilisée dans des cases en substitut à la paille de céréales. Cette plante a montré une capacité d’absorption X3 avec des litières confortables pour des quantités utilisées équivalentes.

Une plante pérenne en C4

Le panic érigé (Panicum virgatum) est une graminée pérenne en C4 (comme le maïs) originaire d’Amérique du Nord dont l’aspect est proche du miscanthus.  Il s’installe par semis. « Il se réalise avec un semoir à céréales en fin de printemps (fin mai-juin) quand le sol est bien réchauffé (14 °C environ) », explique Coralie Sirieix.

Un travail délicat dans la mesure où, les semences sont de la dimension de celles du dactyle ou la fléole. Elles nécessitent un lit de semence soigné. La dose classiquement préconisée est de 12 kg par hectare. Cela permet d’avoir une bonne densité de graine positionnée entre 0,5 et 1,5 cm de profondeur suivi d’un passage de rouleau. La levée est lente et souvent laborieuse. Il est important de bien gérer les adventices en amont par un faux semis, voire un désherbant systémique.

switchgrass_litière_bovin

L’année de mise en place il n’y a pas de récolte. L’objectif est d’abord de permettre une bonne implantation. Étant donné la faible compétitivité du panic érigé, une fertilisation azotée, minérale ou organique n’est pas recommandée. Cela évite de stimuler la croissance des adventices. La seconde année, la plante redémarre en avril. Elle se développe jusqu’en septembre puis la partie aérienne entre en sénescence. Il y a alors translocation des glucides contenus dans les feuilles vers le système racinaire. Elle constitue ces réserves et prépare la croissance de la plante au printemps suivant. La partie aérienne de la plante ensuite se déshydrate. Progressivement au cours de l’hiver, une partie des feuilles retombent au sol permettant le retour de matière organique et minérale.

La récolte a idéalement lieu lors d’une belle journée de fin d’hiver

Récolter quand les tiges sont totalement desséchées. Le taux de matière sèche avoisine 85 %. L’idéal est de les faucher le matin en vue de les botteler en début d’après-midi. Le conditionneur doit être le plus inefficace possible. Il minimise la casse des tiges dans la mesure où leur taux d’humidité est inférieur à 12 %. Une récolte en fin d’hiver correspond aussi à la période où les granges sont vides. La place est libre pour y entreposer les bottes fraîchement récoltées.

« Le potentiel de rendement est à son maximum à partir de la troisième année et il est d’environ 60 % de ce maximum en seconde année. En basse Corrèze, on peut espérer un rendement moyen en routine de 11 tonnes de matière sèche sur des terrains corrects », souligne Coralie Sirieix.

Probablement davantage dans des départements plus favorisés côté pédologie et climat. La bonne résistance du panic érigé à la sécheresse est liée à son système racinaire. Il lui permet d’aller chercher de l’eau très profondément.

En fin de période de végétation la plante mesure jusqu’à 2,50 mètres.

Elle repousse chaque printemps pendant une bonne dizaine d’années sans avoir besoin de renouveler le semis, donc sans aucun travail du sol. En Indre-et-Loire, certaines parcelles de plus de 20 ans sont toujours en production.

Le switchgrass accepte une fourchette de pH assez large de 5 à 8. Il s’accommode d’une gamme de sols assez diverse mais affiche sa préférence pour les terres légères, bien drainées, de type sableux ou limoneux. Comme toutes plantes en C4, les étés chauds lui sont favorables et les évolutions en cours et à venir du climat devraient donc plutôt jouer en sa faveur. Les parcelles à éviter sont les sols hydromorphes pour d’évidentes raisons de portance en fin d’hiver au moment de la récolte.

Attention également aux sols très caillouteux. Ils pénalisent la réalisation d’un joli lit de semence. C’est un des points clés de la bonne mise en place de cette culture. La fertilisation ne serait pas forcément nécessaire. Elle doit de toute façon être modeste pour éviter les risques de verse. Elle est à oublier la première année pour ne pas favoriser les adventices.

Possible utilisation en fourrage

Cette plante peut aussi éventuellement être récoltée en fourrage en début d’été lorsqu’elle n’est pas encore épiée. Sa valeur alimentaire est alors celle d’un foin bien moyen (autour de 0,6 UF). Mais cette coupe en juin ne permet évidemment pas de faire une seconde récolte à l’automne à des fins de litière. Faire pâturer du panic érigé est en revanche totalement déconseillé. La plante est fragile et serait vite dangereusement endommagée si son collet venait à être trop souvent piétiné.

Pour mieux évaluer la pertinence économique d’implanter une parcelle en switchgrass, la chambre d’agriculture de Corrèze a conduit une étude. « Les coûts de chantier sont établis à partir des itinéraires culturaux présentés sous le graphique. Ces coûts sont extraits du barème d’entraide 2020 en Limousin et prennent en compte les outils, le tracteur, le carburant et la main-d’œuvre. Les intrants ou tarifs de vente de céréales sont basés sur la moyenne des années 2015 et 2020. Les résultats correspondent donc au coût de chantier divisé par le tonnage produit « , explique Coralie Sirieix, technicienne bovins viande à la chambre d’agriculture.